Le magazine de la Charente-Maritime n°97

24 / Histoire LE GRAND SIÈGE de LA ROCHELLE (1627-1628) Au cœur des guerres de Religion, La Rochelle, fière, demeurait l'ultime bastion protestant d'un État dans l'État. Riche et puissante de ses privilèges et de son commerce maritime, elle incarnait une place protestante au sein du royaume catholique. Mais l'aube du XVIIe siècle appelait l'absolutisme* et le Cardinal de Richelieu, principal ministre et éminence grise du Roi Louis XIII, n'entendait point tolérer cette insoumission. La Rochelle résistante ! L'été de 1627 vit les tensions se muer en un conflit impitoyable. L'armée royale, menée par le Roi en personne, vint encercler la ville rebelle. Le blocus terrestre fut établi, coupant La Rochelle du continent par une ligne de fortifications marquées par des forts et des redoutes. Mais l'espoir perdurait car la ville attendait à tout moment le secours anglais promis par le Duc de Buckingham. Une digue colossale de 1,5 km C'est là que se déployèrent le génie et la cruauté du siège. Pour interdire l'accès maritime, Richelieu ordonna l'édification d'une digue colossale, un barrage de plus d'un kilomètre et demi, taillé dans la pierre et fait de navires coulés, défiant les flots. Cette œuvre herculéenne, menée par l'architecte Clément Métezeau, scella le destin de la ville. Face à la détermination royale, la résistance fut héroïque, mais vaine. Le maire Jean Guiton, armateur au tempérament de fer, jura de se battre jusqu'au dernier souffle, allant jusqu'à poser un poignard sur la table du Conseil, prêt à frapper quiconque évoquerait la capitulation. 80 % de la population rochelaise décimée Pourtant, au fil des mois, l'angoisse de la famine devint la plus terrible des armes. Les expéditions anglaises, décousues, échouèrent, incapables de franchir les barrages terrestres et maritimes. Les assiégés furent réduits à des horreurs indicibles « ils mangeaient, diton, la chair des morts… ». Le froid et la maladie vinrent s'ajouter aux souffrances, décimant la population. C'est une épopée de sang et de gloire, un chapitre flamboyant et funeste gravé dans l'âme de la France. L'écho romancé : les Trois Mousquetaires Le souvenir du siège de La Rochelle fut immortalisé par la plume d'Alexandre Dumas dans son chef-d'œuvre Les Trois Mousquetaires (1844). Dans ce roman de cape et d'épée, le siège devient une toile de fond grandiose où se forgent le courage et l'amitié des héros : D'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis. Dumas transforme la rigueur historique en une aventure palpitante. Ainsi, ce qui fut un acte de répression monarchique demeure, grâce à l'encre romanesque, un moment emblématique et un lieu éternel de bravoure et d'intrigue. En médaillon, Armand Jean du Plessis de Richelieu, dit le cardinal de Richelieu (1585-1642), et, ci-contre, Louis XIII (1601-1643) © iStock © iStock

RkJQdWJsaXNoZXIy NzI2MjA=